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CEA : BITDS française : le défi du maintien des compétences et de l’autonomie stratégique

Pour remplir sa mission au service de la dissuasion nucléaire, la Direction des applications militaires (DAM) du CEA s’appuie sur une maîtrise d’œuvre interne et sur le tissu industriel national.
La maîtrise d’œuvre interne relève de domaines non concurrentiels et plus particulièrement la conception et la garantie des armes nucléaires, la conception des grands instruments du programme Simulation et la mise en œuvre des matières nucléaires des armes.
La DAM fait largement appel au tissu industriel et, pour des raisons évidentes de confidentialité, à 98% à l’industrie nationale avec réalisation (donc emplois) sur le territoire français. Le volume financier transféré à l’industrie française est de l’ordre de 1 milliard d’euros (les 2/3 du budget de la DAM). La très grande partie des contrats concerne la R&D, avec un haut niveau d’exigence technique. La réussite de réalisation de ces contrats constitue d’ailleurs une référence que font valoir les industriels pour en obtenir d’autres hors du domaine de la dissuasion. Chaque année, ce sont plus de 3000 entreprises concernées, dont plus de 50% sont des PME. Cela correspond à un effectif total dans l’industrie française de l’ordre de 10 000 personnes.
La dissuasion nucléaire est une affaire de long terme. Aussi, notre autonomie stratégique nécessite d’avoir dans la durée un tissu industriel français au meilleur niveau.
Aux programmes d’armes nucléaires ont été associés très tôt de grands industriels comme Aérospatiale (maintenant Ariane Group), Thomson (devenu Thalès) et bien d’autres, mais également des PME de haute technologie dont certaines ont été créées spécifiquement pour le besoin dissuasion.
Cette démarche a bien fonctionné jusqu’ici mais nécessite une attention continue.
Un élément très important dans la problématique de conservation de l’outil industriel est la dualité civil / défense. Cette dualité a souvent comme origine le besoin défense, comme les Commissions de la Défense et de l’Assemblée Nationale l’ont bien relevé. Ce fut en particulier le cas dans plusieurs filières industrielles majeures. Les développements des réacteurs nucléaires, les filières d’enrichissement du plutonium et de l’uranium pour la défense ont été à l’origine de la filière nucléaire civile. L’électronique durcie pour les armes nucléaires est maintenant totalement exploitée pour les applications civiles, le besoin de calcul pour la simulation des armes nucléaires a généré une industrie de supercalculateurs efficace dans le monde industriel et universitaire, et une activité optique et laser s’est développée en Aquitaine en s’appuyant sur la présence du Laser Mégajoule. Cette dualité favorise le maintien des compétences utiles au besoin dissuasion dans le tissu industriel national.
Il est aussi souvent nécessaire de mettre en place un programme de R&D prospectif lorsqu’il y a une baisse significative de charge entre deux programmes pouvant entraîner une perte de compétence critique.
La DAM veille au maintien et au développement des compétences françaises industrielles mais aussi scientifiques nécessaires à la réalisation de ses missions. La signature de conventions de partenariats en régions avec des laboratoires universitaires et des industriels contribue à développer des écosystèmes complets sur des sujets à fort enjeu pour la défense comme pour l’industrie. Il en est ainsi du partenariat que la DAM a signé avec la Région Nouvelle-Aquitaine sur des thèmes scientifiques et technologiques duaux (simulation et modélisation numérique multi-physique et multi-échelle, électronique, matériaux avancés…). De même, la convention de partenariat signée entre le CEA, Atos et l’ENS-Paris Saclay vise à former les spécialistes de demain sur les méthodes mathématiques liées à la problématique du calcul haute performance et du Big data et à soutenir le développement de start-ups sur le sujet.
Par ailleurs, la DAM s’investit dans les formations en interne, dans les métiers scientifiques avec les doctorats et post-doctorats et dans les métiers techniques avec un effort particulier sur la formation par alternance. L’ensemble de ces actions permet de constituer un vivier de recrutements interne mais permet également d’irriguer le tissu industriel national.
En s’appuyant sur les différents leviers que sont la dualité, les actions de R&D, les partenariats universitaires et la formation interne, il s’avère possible de conserver les compétences nécessaires. L’attractivité dans ces métiers et programmes repose aussi sur les challenges techniques de haut niveau à relever ainsi que sur la mission claire au service de la Défense nationale.

François Geleznikoff, le Directeur des applications militaires du CEA