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Drones : des champs de bataille à la vie quotidienne

Limité il y a peu encore à des utilisations très spécifiques—quand ce n’était pas aux films de science-fiction—le drone ou robot, qu’il soit ailé, chenillé, roulant ou glissant, deviendra dès demain un acteur banal de notre vie de tous les jours. Dans les airs et sur terre, sur ou sous la mer, les véhicules sans pilote vont bouleverser nos déplacements et, par voie de conséquence, la chaîne industrielle, aussi bien dans les domaines civil que militaire.

Il y a 30 ans, c’est la défense qui a ouvert la voie, la France en particulier. Avouons-le : cette introduction des plateformes sans pilote s’est opérée dans une certaine atmosphère de scepticisme. Cette situation n’a pas permis de structurer la filière autour de ses leaders.

L’emploi des drones et robots sur les terrains d’opération, en Afghanistan, en Irak, en Lybie ou dans le Moyen-Orient, a pleinement démontré leur efficacité, faisant de leur développement un enjeu stratégique majeur à l’échelle du continent. Renseignement, action à distance, limitation de l’exposition au risque, conduite des actions collaboratives en environnement hostile : une large gamme de porteurs, de quelques grammes à des dizaines de tonnes, assistent désormais les armées dans toutes leurs missions et doivent contribuer à structurer en retour les filières industrielles. Un tel changement est bien marqué symboliquement par la participation du Patroller à la parade aérienne du 14 juillet dernier.

Mais nous sommes encore loin de la situation des Etats-Unis, qui investissent massivement dans le domaine, tant en capitaux qu’en personnels. Un chiffre permet de saisir la mesure de ce qui se passe outre-Atlantique : dès 2010, l’US Air Force annonçait qu’elle formait plus d’opérateurs de drones que de pilotes de F-16 !  

La question de l’autonomisation constitue également un axe fort des réflexions sur l’évolution des programmes existants, à l’image de celle du programme  Scorpion, la DGA ayant d’ores et déjà lancé des études en ce sens. L’enjeu est le maintien de notre avantage opérationnel mais aussi de notre souveraineté industrielle.

La question de l’autonomie des véhicules dépasse largement le seul cadre des applications de défense. Elle se pose globalement aux transports.

Pour assurer l’intégrité des personnes et des biens—localisation de menaces sur le territoire national, surveillance de sites industriels sensibles, maintien de l’ordre—les forces de protection civiles mais aussi les acteurs publics comme privés seront de plus en plus amenés à faire un usage toujours plus grand de plateformes autonomes duales.

Qu’il s’agisse de taxiage, de détection et d’évitement d’obstacle pour l’automobile et pour les aéronefs, ou même de livraison de colis à domicile, l’emploi civil des drones et des robots se développe à grande vitesse, passant en un clin d’œil de l’expérimentation à la commercialisation. Ainsi, développée dans un cadre militaire, avec, hier, les robots démineurs, ou aujourd’hui les « mules » destinées à seconder les fantassins, la technologie des drones et des robots terrestres prend peu à peu sa place dans la vie de tous les jours. Des partenariats prometteurs se sont noués entre les industriels de tous les secteurs pour développer ces produits d’avenir, bousculant les schémas industriels habituels et révélant des liens insoupçonnés entre des domaines en apparence éloignés.   

Une nouvelle génération de plateformes autonomes apparaît aujourd’hui, portée par des technologies innovantes. Miniaturisation, chaînes propulsives distribuées, demain hybrides, plus tard totalement électriques ou intelligence embarquée accélèrent le développement des drones et des robots, nous posant de nouveaux défis technologiques et opérationnels. Au-delà des performances d’ores et déjà demandées aux drones — qualité de la chaîne optronique et de navigation, capacité d’emport, maniabilité, tacticité, connectivité pour les drones aériens par exemple — leur capacité d’adaptation à leur environnement immédiat, notamment à travers l’usage de l’intelligence artificielle ou de la cyber-protection, est au cœur des préoccupations actuelles.

Reste que l’usage des drones, qu’il s’agisse de défense, de transport public ou même personnel, pose des problèmes sociétaux que les industriels doivent savoir anticiper. Imagine-t-on demain des flottes aériennes, voire terrestres et maritimes, entièrement automatisées? Côté défense, on voit mal comment les flottes de drones de combat pourraient, par exemple, se substituer du jour au lendemain aux flottes de Rafale ; on imagine bien en revanche comment elles pourraient les assister dans les aspects les plus difficiles de leurs missions et préserver ce qui doit nous importer au plus haut point : la vie des femmes et des hommes. Le challenge industriel pour adresser ces besoins est considérable.

Ainsi, comme pour tout marché en développement, nous devons avancer ici avec détermination mais également sans emballement, et surtout dans un esprit permanent de dialogue entre industriels de différents secteurs, armées, usagers, responsables politiques et société civile. Car si drones et robots sont destinés à occuper une place de plus en plus grande dans le domaine du transport, si leurs missions sont amenées à se renforcer et à s’enrichir à mesure que la technologie le permettra, la généralisation de leur usage doit suivre le rythme de leur appropriation progressive par l’ensemble des acteurs.